Chômeurs : placer ou indemniser, faut-il choisir ?

J’ai rédigé pour la revue Alternatives Economiques de février, une chronique qui veut mettre l’accent sur une dérive actuellement à l’œuvre dans le débat public portant sur la sécurisation des parcours professionnels.

Nombre de colloques se multiplient sur ce thème émanant des administrations, des universitaires ou encore des organisations syndicales. On y parle beaucoup de contrat de travail, de négociation collective, de réformes du marché du travail et bien peu de protection sociale. Or la question des revenus de remplacement reste un préalable à toute approche visant à sécuriser les transitions professionnelles. Plutôt que de parler de flexisécurité, il vaudrait peut-être mieux parler de sécuflexibilité pour réintégrer la question des droits sociaux dans ce débat nécessaire.

Vous trouverez ma chronique ci-après.

On se souvient du feuilleton de l’automne qui a vu l’Unedic et l’ANPE s’opposer sur les taux de reclassement des chômeurs obtenus par les cabinets privés dans le cadre des expérimentations lancées par le régime d’assurance-chômage. Guerre de communiqués et querelle de chiffres ont occupé l’espace médiatique pour savoir qui du public, représenté par l’ANPE, ou du privé représenté, curieusement d’ailleurs, par l’UNEDIC faisait mieux en matière de placement. Cette polémique, tristement française, qui consiste à opposer le public au privé sur le terrain des performances sociales appelle trois remarques.

Tout d’abord il faut rappeler que depuis la loi Borloo, l’UNEDIC fait partie intégrante du service public et qu’à ce titre elle doit exercer une mission d’intérêt général de résorption des inégalités face au chômage, mission aujourd’hui partagée avec l’ANPE. D’où la deuxième remarque : plutôt que d’ajouter de la concurrence là où il ne saurait en avoir, l’ANPE comme l’UNEDIC devraient chercher, fusion ou pas, à coordonner leurs actions pour assumer pleinement leur mission de service public. Mais il ne faudrait pas, et c’est le troisième point, que l’importance accordée dans les débats au placement et à la sécurisation des parcours professionnels évacue trop rapidement la question des revenus de remplacement.

Or, sur ces aspects, les derniers chiffres dont nous disposons invitent à tirer la sonnette d’alarme. Selon une note de conjoncture de l’ANPE, la part des demandeurs d’emploi indemnisés a diminué depuis trois ans, passant de 59,3 % en juin 2003 à 53,3 % en juin 2006. A cette date, seuls 44 % des demandeurs d’emploi étaient indemnisés par le régime paritaire d’assurance-chômage contre 50,9 % en juin 2003. Ce taux de couverture situe la France à un niveau proche de ceux obtenus dans les pays d’Europe du Sud. L’Etat ne fait guère mieux même si la part des chômeurs relevant du régime de solidarité a augmenté d’un point entre juin 2005 et juin 2006 (9,3 %). Les collectivités territoriales, qui versent le RMI, ont désormais pris le pas sur l’Etat puisque 11,7 % des demandeurs d’emploi perçoivent cette allocation. Il y a donc urgence à réformer en profondeur le régime d’assurance-chômage qui laisse plus d’un demandeur d’emploi sur deux sans filet de protection sociale. Car, l’opposition public/privé est aussi stérile que l’opposition indemnisation/placement.

A l’heure où les organisations syndicales manifestent le souhait de s’engager dans la voie de la sécurisation des parcours professionnels pour accorder aux salariés une sécurité en termes de droits sociaux en échange de la flexibilité offerte aux entreprises, il faut revenir sur les enseignements de la comparaison internationale. Dans les pays où le sentiment de sécurité est le plus élevé et le taux de chômage le plus bas (Danemark, Suède, Pays-Bas), les régimes indemnitaires ont joué un rôle central dans la gestion des nécessaires mobilités professionnelles. C’est ce que l’on appelle là-bas la flexsécurité.

La France peut aujourd’hui choisir d’en faire autant. Syndicats et patronat ont décidé dans les mois qui viennent de remettre à plat le système d’assurance-chômage pour mieux l’adapter aux réalités du marché du travail. La priorité des priorités devrait consister à mieux couvrir les situations de précarité que connaissent les jeunes, les femmes, les chômeurs de longue durée du fait, entre autres, de leur éviction de l’UNEDIC. Puissent les partenaires sociaux s’entendre sur cet impératif et poser les principes d’un nouveau contrat social qui soit à la hauteur des enjeux de la période.

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5 Responses to “Chômeurs : placer ou indemniser, faut-il choisir ?”


  1. 1 marie mauguin janvier 30, 2007 à 9:08

    « A l’heure où les organisations syndicales manifestent le souhait de s’engager dans la voie de la sécurisation des parcours professionnels »
    je rectifie :
    a l’heure où CERTAINES organisations syndicales …….
    c’est loin de faire l’unanimité ds le monde syndical
    ne confondez jamais la base et les directions……
    et certains syndicats s’opposent bcp………
    je doute que ces parcours securisés soient vraiment à l’avantage des salariés……

  2. 2 Pierre janvier 30, 2007 à 2:58

    Depuis quelques temps, j’ai l’impression qu’il y a une saturation sur ces questions. Les gens en ont marre des questions administratives, bureaucrates, politiques, etc. Ce qu’ils voudraient c’est un emploi, rien d’autre ! Il s’en moquent des chiffres, des promesses, etc. Malheureusement en France, aujourd’hui on est presque revenu au moyen-âge !

  3. 3 stef janvier 31, 2007 à 2:36

    ben voyons… le moyen-age, rien que ça !

  4. 4 SEM février 8, 2007 à 8:41

    On est, comme d’habitude, très fort en slogan chez nous, beaucoup moins pour trouver de quoi financer et faire vivre les belles intentions. Après le « plan BARRE », le plan « PAQUE » le plan « TRACE » le plan « PARE », la « VAE », la « formation tout au long de la vie », voilà maintenant « la sécurisation des parcours » (moi, j’ai déjà mal à mon DIF, alors, vous pensez… la sécurisation des …).
    Après le déficit de l’UNEDIC, les retraites en péril, la dette, le trou de la sécu, voilà le futur trou de la sécurisation… suite du feuilleton bien connu « 1er choc pétrolier/saison 36 » à trouver sur Canal Education. Nous, on attend de découvrir le nouveau feuilleton en prime time qui s’annonce gratiné. A l’heure où j’écris ces lignes, TF1 hésiterait encore sur le titre de la saison 1: « Un Sarkophage à l’Elysée » ou « Explosion à Bayrou-th » ou encore « Allo Sego maman bobo »

  5. 5 Martine Zuber février 14, 2007 à 10:30

    Encore un colloque sur la sécurisation des parcours professionnel organisé par la CFDT Cadres
    Vendredi 16 mars 2007 / 9h – 17h 30
    Immeuble confédéral CFDT
    Salle du CNC – 2 boulevard de la Villette – 75019 Paris.
    Métro : Belleville

    Vous êtes cordialement invités, c’est prospectif à ce stade, mais nous nos sommes efforcés d’aborder trois aspects:
    La dimension individuelle de l’employabilité
    La question de l’organisation sociale et collective des rapports (pouvoirs publics, région, branche, entreprises
    L’évolution du contrat de travail

    en savoir plus et vous inscrire:
    http://www.cadres-plus.net/template.php?looktype=double&id=362&htitre=Observatoire%20des%20Cadres


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