UNEDIC : le privé fait-il mieux que le public ?

L’UNEDIC a récemment rendu publique une première évaluation des expérimentations réalisées auprès d’opérateurs privés pour assurer le reclassement des chômeurs. Le bilan est pour le moins mitigé et les résultats interrogent.

Le coût du reclassement est exorbitant (3000 à 6000 euros par chômeur) et dépasse de loin le budget alloué à l’ANPE pour effectuer cet accompagnement (650 euros). Et les résultats ne sont pas à la hauteur des sommes mobilisées, puisque près d’un demandeur d’emploi sur deux, seulement, a retrouvé un emploi. C’est un chiffre faible qui rejoint d’ailleurs les performances déjà connues des cabinets privés de reclassement qui interviennent lors de la mise en place de plans sociaux. On feint de découvrir aujourd’hui l’existence de ces cabinets privés alors qu’ils interviennent de longue date sur le marché du placement pour les salariés licenciés. Les données du problème sont déjà connues : quel que soit le coût de l’accompagnement, moins de 50 % des demandeurs d’emploi retrouvent un emploi dans le cadre de ces dispositifs privés, un pourcentage qui n’est pas très éloigné de ceux qu’affiche l’ANPE. Certes les cabinets font un peu mieux, mais ils disposent de moyens humains qui ne sont pas ceux de l’ANPE. Dans ces expérimentations, un conseiller prend en charge 40 demandeurs d’emploi contre un conseiller pour 130 chômeurs du côté de l’ANPE. Il faudrait pouvoir raisonner à moyens et publics identiques. Quant au bénéfice de l’opération qui aurait permis à l’Unedic d’économiser 25 M d’euros, le calcul repose sur une hypothèse fausse : les demandeurs d’emploi consommeraient l’intégralité de leurs droits indemnitaires. Les statistiques disent l’inverse. La plupart des demandeurs d’emploi inscrits à l’UNEDIC sortent de cette institution sans avoir consommé l’intégralité de leurs droits. Il faut donc reprendre la calculette !

Par ailleurs, il y a un biais dans le choix des publics qui ont participé à ce dispositif d’accompagnement. Les personnes étaient volontaires, donc motivés. Ils étaient disposés à accepter les règles du jeu imposées par ces cabinets. Ce sont des personnes qui présentent un risque de chômage de longue durée mais qui ne le sont pas encore. Leur courte expérience du chômage les prédispose à retrouver rapidement un emploi car ils n’ont pas perdu le contact avec le marché du travail. Ils disposent encore d’un réseau de relations qu’ils peuvent activer pour retrouver un emploi. Autant d’atouts que la technique du profilage, visant à évaluer statistiquement le risque de chômage de longue durée, ne peut détecter. Pour la plupart, ils viennent juste de s’inscrire comme demandeurs d’emploi. Ce sont ceux là que l’UNEDIC privilégie car ils coûtent plus cher en indemnisation que ceux qui ont déjà un an de chômage et dont les droits à indemnisation vont bientôt s’éteindre. Si le choix des candidats s’était porté sur des critères de distance à l’emploi en privilégiant les chômeurs déjà éloignés du marché du travail, les résultats auraient été différents. En outre, plusieurs études ont déjà montré la méfiance des chômeurs à l’égard des prestataires privés dans la mesure où ceux-ci sont suspectés de privilégier les résultats aux dépens de la qualité des emplois obtenus. Cette qualité se jugera dans le temps en vérifiant que les emplois obtenus sont durables et qu’ils ne provoqueront pas des effets de chômage récurrent venant annuler les bénéfices indemnitaires engrangés.

En tout état de cause, l’UNEDIC qui vient d’entrer dans le service public de l’emploi, doit ouvrir ses dispositifs aux publics qui en ont le plus besoin : les chômeurs de longue durée, les jeunes, les personnes issues des zones rurales, les salariés de plus de 50 ans, etc.. Le critère économique visant à faire baisser les dépenses d’indemnisation des chômeurs pour rétablir l’équilibre de l’UNEDIC ne peut constituer le seul facteur à prendre en compte dans le choix du public. Comme le rappelait à juste titre Dominique Balmary dans son rapport :

« On attend des opérateurs qu’ils puissent drainer vers eux des publics cachés, hors de portée des outils communs de la politiques de l’emploi ».

L’ANPE et l’UNEDIC devraient veiller à cela lors du choix des publics… et des opérateurs privés.

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8 Responses to “UNEDIC : le privé fait-il mieux que le public ?”


  1. 1 arnet juillet 6, 2006 à 9:13

    Je sais pas si vous avez écouté le journal de france inter ce matin mais pour eux le bilan est très positif… et le problème du coût facilement écarté avec 24 M€ qui auraient été économisés…

  2. 2 Nathalie juillet 14, 2006 à 2:21

    Bonjour,
    Intervenante pendant plus de 4 années au sein d’un organisme privé de reclassement, je confirme que les résultats ne sont pas forcément exceptionnel (on ne fait pas de miracle !) par rapport au secteur public. En terme de montant de prestation, beaucoup d’organismes ne perçoivent pas les sommes énoncées (on est plus proche de 1500 € dans le meilleur des cas). Au delà des résultats en terme de signature de contrat, toutes les personnes que j’ai suivi dans le cadre de plans sociaux, sans exception, ont été extrèmement satisfaits de nos services car au delà d’un reclassement durable, nous accompagnons de façon hebdomadaire les personnes, avec un vrai suivi personnalisé. Nous savons leur redonner confiance en eux, mettre en avant les atouts et compétences. Nous mettons en place des outils à la recherche d’emploi efficaces et adaptés à chacun. J’ai vu des CV (si on peut les nommer ainsi) réalisés par des prestataires publics ou des lettres de motivation : catastrophique ! Seules sont indiquées des dates, des noms d’entreprises… Les compétences et les aptitudes ne sont pas présentées, la mise en forme n’est pas soignée… Si les organismes publics savaient reclasser les personnes licenciées, cela se saurait depuis longtemps ! Les résultats des organismes privés sont certes mitigés mais ce que nous apportons d’un point de vue humain n’est pas comptabilisé. Nous disposons de plus de temps, en effet et cela permet d’établir une relation de confiance, une écoute, un échange, de prendre en compte tous les paramètres liès à une recherche d’emploi, de faire un travail de fond. J’ai vu des CV d’organismes publics faisant 3 lignes pour un employé qui avait plus de 20 ans d’expérience !!!! Pour être compétent en reclassement il faut très bien connaître les entreprises, avoir beaucoup de bon sens, être débrouillard (car en général on intervient sur des secteurs géographiques à chaque fois différents donc pas de vrai réseau), avoir un grand respect pour chaque individu, faire avec leurs freins personnels, les accompagner dans le travail de deuil de leur ancien travail et entreprise… Etre très convaincant pour les faire bifurquer vers un autre métier. Bref, le reclassement c’est un vrai métier, qui ne s’improvise pas et je n’ai pas rencontré beaucoup d’intervenants du public sachant faire ce travail… Les résultats sont surtout représentatifs du marché de l’emploi ! Il m’est arrivé d’appeler plus de 200 entreprises sur un bassin d’emploi et ne décrocher aucune opportunité ! Le coût est peut-être plus élevé en privé mais les frais le sont également car il faut souvent délocalisé un bureau pour être au plus proche des personnes licenciées (mobilisation d’un Consultant ou de plusieurs hors locaux, frais de déplacement, achat de matériel informatique, installation de lignes téléphoniques, mobilier à installer, impression de CV en nombre etc…). Le bénéfice humain qui peut en résulter sur chaque personne suivie est difficilement quantifiable donc difficilement facturable… Il est vrai aussi que tous les organismes privés ne travaillent pas tous avec le même sérieux, la même implication et le même investissement. C’est un métier qui demande énormément d’énergie, de dynamisme et de volonté. Comme dans tous les métiers, il incombe à chacun de faire au mieux son travail avec professionnalisme, qu’il s’agisse du privé ou du public. Il serait utile aujourd’hui de rendre tout ce petit monde complémentaire afin d’oeuvrer dans un but unique : reclasser…

  3. 3 laurent baribier juillet 20, 2006 à 11:07

    Je crois qu’il faut prendre le problème avec un peu plus de hauteur.
    Le « marché de l’emploi’ n’existe pas concrètement. C’est une théorie macroéconomique, qui ne correspond à aucune réalité concrète ( grossièrement, il n’y a ni acheteur ni vendeur pour acheter ou vendre un emploi). Je n’ai pas la place développer ici.

    Le sens économique du marché, c’est le marché du travail : les chômeurs sont vendeurs potentiels de force de travail ( quelque soit le terme utilisé); l’employeur est acheteur potentiel de cette même force : prêt à payer, du salaire, en échange d’une prestation de travail fourni. Je pense que sur cette démarche tout le monde est d’accord, même si personne n’en parle.

    Ce qui veut dire concrètement que le chômeur est un FOURNISSEUR et que l’employeur potentiel est un CLIENT. Je ne rentre pas dans les théories macroéconomiques, mais je reste au ras des marchés courants, par exemple, les marchés de fruits et légumes.

    Pour concrétiser une  » affaire  » ou un contrat, c’est toujours le fournisseur qui prend l’initiative, et met en place son outillage marketing au sens large, pour convaincre les acheteurs potentiels.

    Ce qui veut dire simplement, que l’initiaitive en matière de chômage, appartient au chômeur. C’est à lui d’aller au-devant des employeurs et de les convaincre. La question est comment ?

    Permettez moi une aparté : l’ANPE fait exactement le contraire . Elle ne place pas les chômeurs chez les employeurs, mais les employeurs chez les chômeurs. Elle rame à contresens du marché.
    Les cabinets privés, qui travaillent malheureusement sur des échantillons trop faibles pour faire des statistiques fiables, vont dans le sens du marché : ils partent du chômeur et vont vers les entreprises ou les employeurs. Ils vont dans le sens du marché.

    Sans se perdre dans les statistiques et les coûts, il va de soi que les « privés  » vont dans le bon sens, et que l’ANPE rame à contre-courant. Sur le long terme, la démarche des privés donnera plus de résultats que celle de l’ANPE. Cela va de soi.

    La difficulté est au niveau du comment ? Il suffit de prendre le modèle ANPE et de faire exactement li’inverse : ne pas mettre les emplois sur petites annonces, mais les forces de travail sur petites annonces. Et de choisir le ou les bons supports pour mettre le fichier des petites annonces à portée de main de tous les employeurs potentiels. ( si on bombardait les employeurs d’un bassin d’emploi avec tous les cv des chômeurs, ils seraient noyés; le cv n’est pas le bon support).

    Dans cette démarche, l’employeur potentiel a, ENFIN, sous la main , toutes les candidatures potentielles de son bassin d’emploi (triées, naturellement). Il n’a plus qu’à piocher. Le temps gagné est considérable . Rien que le gain de temps, à niveau égal de recrutement, devrait faire baisser réellement le chômage ( raccourcissement de la file d’attente).

    J’ai développé le projet par ailleurs. Je ne vous adresse ici qu’une synthèse.
    Je vous prie d’agréer l’expression de mes sentiments très distingués.
    laurent barbier
    3a rue Roosevelt
    68.000 Colmar
    chômeur de plus d’un an matricule 3182848 T

  4. 4 Verel septembre 8, 2006 à 12:16

    Au moment où l’Unedic relance une nouvelle vague d’action, votre article est pleinement actuel !
    La formulation de la question « le privé fait il mieux que le public’ pousse à poser le problème idéologiquement, alors que le contenu de l’article ne le fait pas
    Les résultats sont meilleurs mais effectivement il faut se demander dans quelle proportion et pourquoi. On se heurte au fait que la comparaison n’est pas « toutes choses égales par ailleurs »
    L’une des différences majeures est que les personnes sont prises en charge dès leur arrivée dans le chômage comme vous le soulignez. C’est justement l’un des points de méthode à interroger : l’ANPE démarre ses actions avec retard. Or l’expérience des reclasseurs est que plus on attend, plus c’est difficile: parce qu’on donne une moins bonne image aux recruteurs (on peut le déplorer mais c’est comme cela!) et parce que soit même on perd ses repères, son énergie, sa capacité à se « vendre »
    Par cette opération, il me semble que l’Unedic pousse l’ANPE à revoir ses méthodes de travail
    Il y a effectivement un volontariat des chomeurs accompagnés. Les raisons du choix illustrent d’ailleurs les défauts des méthodes de l’ANPE. Les chômeurs sont choisis en fonction du risque qu’ils soient longtemps au chômage puis sont convoqués. Un tiers ne se présentent pas à la convocation. Parmi les présents, certains s’étonnent qu’on viennent les « embêter » alors qu’ils ont « le droit aux indemnisations ». Le consultant doit les convaincre que l’opération leur est utile.
    Le chômage durable que notre pays connait depuis 25 ans a conduit à des images collectives qui nuisent finalement aux chômeurs
    Par ailleurs, je vous invite à lire un article ancien sur mon blog où une consultante en reclassement raconte son métier
    http://verel.over-blog.com/article-1328648.html

  5. 5 HAMMADOU mai 10, 2007 à 6:17

    Bonjour,

    Je souhaite intégrer un cabinet privé pour accompagner les personnes dans leur recherche d’emploi.
    Savez vous s’il est possible d’obtenir la liste exhaustive des cabinets privés qui ont été retenus par l’unédic?
    Si quelqu’un à la réponse je serais très heureuse de la recevoir.

    Par avance merci
    Nora

  6. 6 Marie septembre 10, 2008 à 11:09

    Bonjour,

    Je voudrais également intégrer un opérateur privé mais il est difficile de trouver des listes.
    Je suis comme NORA intéressée par toute info à ce sujet.

    Merci d’avance!

    Marie

  7. 7 aaliyah novembre 20, 2008 à 10:49

    Bonjour

    Egalement je serai intérréssée par cetet liste d’operateurs prives

    Merci par avance

  8. 8 Berag juillet 25, 2009 à 1:11

    un Conseiller « pole emploi » en ile de france suit environ 180 Demandeurs, 120 environ pour les agences parisienne (en Angleterre environ 40, en espagne 60… enfin, avant la crise c’étais comme ça…), + de 180 pour certaines agences (93, 94 essentielement).
    Les Demandeurs suivis par les opérateurs privées sont ceux percevant + de 300 jours d’allocations, autrement dit, ceux qui ont cumulé pas mal de droits, et qui viennent de perdre leur emploi (bref, les moins éloigné de l’emploi / le calcul de « risque » n’est par ailleurs plus pris en compte dans la déléguation auprès d’un opérateur privé), ce sont également des demandeurs qui ont, généralement, le moins de problèmes « périphérique » (perte de logement, dettes, problèmes de santé…).
    Le conseiller Pole-emploi suit quasiment tous « type » de demandeur d’emploi (personnes agées, chomeurs depuis plus de 10 ans, public maitrisant mal le français, sdf, personne sans qualification, personne en attente du statut de travailleur handicapé, personnes asociales, personne ne percevant pas d’indemnité, etc…). Les personnes ayant été suivis par les opérateur privées pendant 6 mois et n’ayant pas retrouvé d’emploi (les opérateur auront tout de meme perçu 2/3 de la somme) reviennent dans le suivi d’un coneiller « pole-emploi » (qui les suivra, comme ses autres demandeurs, pendant une durée « illimitée »).
    Un conseiller « Pole-emploi » fait de l’accueil, du suivi de demandeurs (diagnostic, suivi mensuel, atelier…), de la gestion administrative (gestion et suivi des annonces, convocations, mise en place et gestion de mesures pour l’emploi, inscription…), de la prospection commercial (Contrairement à ce qui est dit par Mr Baribier, le Conseiller Pole-emploi fait de la pré-qualification, et vend les mérites de ses candidats en fonction des besoins des employeurs), de l’animation de zone, du recrutement, du standard, et de la déléguation auprès d’opérateurs privées…
    Contrairement à ce que pense Monsieur Baribier, un Conseiller « pole-emploi », au meme titre qu’un Consultant en reclassement personnalisée spécialisé (meme le meilleur), n’a aucune influence sur le taux de chomage; C’est la création d’emploi par les entreprises qui fait baisser le chomage, et quand les entreprises ont réelement besoins de personnel (qu’il ne s’agit pas de sourcing, de prévisionnel), qu’elles ont correctement analysé leur besoins, et qu’elles proposent des conditions de travail décentes (le Smic leur permet, en plus de proposer un salaire faible, de payer des charges moins importantes…), généralement, celà va trés vite.
    Un Conseiller Pole-emploi gagne environ 1480 Euros en début de carrière (environ 1200 net).

    cdt


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