La VAE : les acquis d’un colloque

Le colloque, organisé par l’université de Limoges le 22, 23 et 24 mai sur la validation des acquis de l’expérience (VAE), était riche d’échanges et donc de conflits et d’oppositions. Mais après tout, comme l’a rappelé un intervenant, "fabriquer de la connaissance impose peut-être aussi de créer les conditions du conflit". Le sujet est donc apparemment objet de controverses et c’était tout l’intérêt de ce colloque que de tenter de faire un état des lieux des problèmes soulevés par l’arrivée de ce nouvel outil, issu de la loi de modernisation sociale de 2002. Voici un aperçu de la nature des débats.

Universitaires, chercheurs, syndicalistes, consultants, tous les acteurs impliqués dans la mise en œuvre de la VAE nous ont livré leurs premières impressions. Parmi celles-ci, de nombreuses craintes et, notamment, l’idée que la VAE, en mettant en équivalence expérience professionnelle et diplôme, risquait de provoquer "un déni de la formation professionnelle". La VAE pourrait conduire les entreprises à se désengager financièrement de la formation professionnelle. En effet, puisque, par la VAE, l’expérience vaut formation, alors pourquoi la payer ? Pour l’heure, peu de travaux de recherches ont été réalisés dans les entreprises pour vérifier l’hypothèse selon laquelle la VAE pourrait bel et bien se développer aux dépens de la formation professionnelle. Mais certains intervenants ont déjà constaté des pratiques plus ou moins inquiétantes du côté des financeurs de la formation professionnelle. Ainsi, quelques Fongecif auraient déjà refusé aux salariés le bénéfice d’un congé formation pour lui préférer le congé VAE, plus court et donc moins coûteux.

D’autres interventions ont cherché à mettre en avant le risque de déqualification des savoirs académiques acquis à l’université, déqualification que pourrait susciter la VAE, dans la mesure où des savoirs informels issus de l’expérience professionnelle peuvent désormais être convertis en savoirs académiques et donner lieu à diplôme. Et de s’interroger aussi sur la question de savoir si cette conversion est toujours pertinente. Des contributions ont ainsi pointé le fait que l’expérience professionnelle accumulée dans l’entreprise n’est pas forcément formatrice et que nombre d’expériences de travail peuvent même être sources de dévalorisation professionnelle lorsqu’elles sous-utilisent les compétences attachées à la personne.

Cette critique a été minimisée par d’autres interventions qui ont voulu rappeler que la loi instaurant la VAE n’est pas un droit à validation systématique, mais un droit à examiner, à un moment donné, la possibilité d’une validation. Quant au risque de voir dans la VAE un outil qui pourrait contribuer à l’inflation des diplômes, alors même que ceux-ci sont loin de protéger les salariés contre le risque de déclassement professionnel, il est incontestable que la question demeure même si ce n’est pas directement à la VAE qu’elle est posée. Du reste, à l’origine, l’objectif de la loi était tout autre : en diversifiant les formes de certification possibles (diplôme de l’Education nationale mais aussi les titres délivrés par différents ministères, ainsi que les certificats de qualification professionnelle délivrés par les branches professionnelles), la VAE contribuait au contraire à les mettre en concurrence. Mais le résultat est pour l’heure contraire à l’objectif affiché et l’essentiel des certifications acquises par la voie de la VAE sont des diplômes émanant du système éducatif. En conséquence, ce sont le plus souvent des universitaires qui ont en charge la validation de l’expérience et c’est à eux que revient la décision finale d’accorder le diplôme. Comme le soulignait non sans pertinence un sociologue :

"la VAE relève vraiment de l’injonction paradoxale. La mise en place de cet outil revient à dire que désormais l’école n’a plus le monopole de la production du savoir. Mais c’est à elle que l’on demande néanmoins de reconnaître et de valider des savoirs produits en dehors d’elle".

La loi sur la VAE est encore très récente. On ne peut décemment pas se prononcer aujourd’hui sur la pertinence de cet outil. Car il ne s’agit que d’un outil. Les modalités d’usage de la VAE par les salariés et les entreprises sont encore mal connues. Il importe donc de multiplier les recherches et les enquêtes de terrain pour éviter l’enfermement dans un débat qui peut, à son tour, présenter le risque de recycler des préjugés idéologiques. Rien ne dit que la VAE va inverser l’ordre des valeurs en remettant en cause les bienfaits de la formation initiale et continue au profit d’une expérience professionnelle. Pourquoi ne pas imaginer aussi que, pour des salariés déjà exclus des systèmes de formation, l’obtention d’un diplôme via la VAE pourrait déclencher chez eux une envie de se former pour aller plus loin ? Désolée pour les oiseaux de mauvais augure, le pire n’est pas encore sûr.

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2 Responses to “La VAE : les acquis d’un colloque”


  1. 1 Alix Bouguerba août 9, 2006 à 5:35

    Bonjour à tous,
    j’ai raté le colloque mais petite contribution pour faire avancer le débat avec la publication de mon dernier ouvrage sur le thème : Intitulé « La validation des acquis de l’expérience », il propose un bilan sur le dispositif de professionnalisation mis en forme dans la loi de modernisation sociale votée en 2002. Cet ouvrage examine le contexte du dispositif VAE visant à favoriser la création de viviers de compétences dans les entreprises et les organisations. Il étudie les pratiques des certificateurs, le fonctionnement du répertoire national des certifications professionnelles et analyse les enjeux individuels (accès à la certification des travailleurs les moins diplômés) et ceux des entreprises et des organisations.
    Bonne lecture.

  2. 2 Alain novembre 11, 2006 à 7:52

    Bonjour,
    Apres un Bac+2 ,j’ai acquis beaucoup de mon savoir en entreprise ,j’ai eu l’occasion de vivre en reel le paradoxe entre le savoir issu de la pratique professionelle et la validation par les certificateurs .
    Le parcours en entreprise est fortement sinueux compte tenu des necessites permanentes d’adaptation imposees aux employes a cause du fort taux de reactivite imposes par les marches .
    Il resulte de cet etat de fait une experience forcement pluridisciplinaire car pour concerver son emploie, se perfectionner et s’adapter il faut souvent changer de voie et quelquefois de metier.
    De leur cote, les certificateurs ne certifient que l’adequation de l’experience au referentiels qu’ils ont mis en place , forcement different de l’acquis, dont le contenu n’est souvent pas enseigne ou bien enseignee dans plusieurs specialites.

    Dans ces cas, l’adequation avec un referentiel unique est difficile voire impossible et le role du certificateur n’en est pas facilite.

    Mais faut-il dans ce cas nier l’existance d’une forte experience ?

    La reponse qui m’a ete donnee est OUI . Car faute de diplomes pluridisciplinaire , l’experience cumulee dans un seul domaine ne colle pas au referenciel du domaine car insuffisante.
    VAE ne veut pas dire Validation de l’experience mais validation de l’adequation du couple Experience/Referentiel.

    La creation de viviers de competances en entreprise . Il ne sont pas ‘VAEisable’ surtout dans les niveaux superieurs.

    Alain


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