L’étude de Cahuc et Carcillo sur le CNE et le CPE

Ils avaient fait monter le suspens en distillant quelques premiers chiffres dans la presse il y a deux semaines. Mais, cette fois, Pierre Cahuc et Stephane Carcillo ont semble-t-il bel et bien lâché leur étude dans la nature. Les Echos, notamment, titraient dans le numéro de vendredi 24/samedi 25 : « le CNE ne créerait que 70.000 emplois selon la première étude d’économistes ». Autant donc largement diffuser le papier en question, qui est pourtant estampillée « version provisoire », pour que tout le monde puisse comprendre qu’il ne s’agit bien sûr que d’une maquette fondée sur des hypothèses qu’il faut bien avoir à l’esprit au moment d’interpréter les « résultats »… Je mets donc ici le papier en téléchargement (pdf, 440 ko).

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14 Responses to “L’étude de Cahuc et Carcillo sur le CNE et le CPE”


  1. 1 Keynes mars 2, 2006 à 11:11

    En effet cette étude est inepte, ne prouve rien – et l'article du Monde l'est encore plus. C'est dramatique pour la qualité de la recherche économique en France – ou comment cacher le vide derriere un nuage d'equation pour convaincre ceux qui se piquent d'économie, mais n'ont pas assez fait de maths pour comprendre la vacuité de ce genre d'approche…

  2. 2 LSR mars 3, 2006 à 4:48

    En quoi est-ce inepte ?

    Ils ont calibré un bête modèle Pissarides-Mortensen. On peut discuter des détails, et c'est un peu à la va-vite, mais si le but est de trouver un ordre de grandeur en quelques semaines, c'est pas mal.

  3. 3 biblio mars 3, 2006 à 9:06

    De toute façon, ce genre de chiffrage n'est possible que par un calibrage du modèle avec des coefficients ad hoc. Ils auraient tout aussi bien pu prédire 500 000 emplois créés, ou bien 100 000 détruits.

    Je comprend l'intérêt du modèle, mais balancer des chiffres à la presse est plus que limite en terme de déontologie. Il ne faut pas avoir beaucoup de scrupules.

    Mais bien sûr, pour une carrière…

  4. 4 Yannick mars 3, 2006 à 12:02

    Tout à fait d'accord avec biblio.

    Il s'agit d'un "exercice" et non d'une "évaluation", nuance que les journalistes ont semble-t-il quelque difficulté à saisir.

    Mais je pense que les auteurs de l'étude portent une part importante de responsabilité dans cette méprise : l'abstract est rédigé de manière à focaliser l'attention sur les "résultats" et non les conditions de l'exercice.

    Qui plus est, les fuites organisées qui ont précédé la diffusion de l'étude, et le fait que la presse en a eu une version avant la communauté scientifique, montre que l'on ne se situe pas ici sur le terrain de la déontologie, mais sur celui de la politique.

    D'ailleurs la quatrième partie du papier s'aventure à (re)formuler sur la base fragile de l'exercice la préconisation d'un contrat de travail unique… Ce qui était à n'en pas douter le principal objectif des auteurs.

  5. 5 Econoclaste-SM mars 3, 2006 à 1:34

    Quand un gouvernement évalue la réussite de son dispositif par le nombre de gens l'utilisant et conclue fièrement à 300 000 emplois créés grâce au CNE, il n'est pas sérieux.
    Alors, oui, on peut s'interroger sur le texte de Cahuc et Carcillo, mais ceux qui sont soucieux d'un débat économique de qualité en France ont-ils plus intérêt à voir les estimations du gouvernement prendre le haut de l'affiche ou vaut-il mieux voir à côté des articles du genre de celui-ci, dont il restera tout de même plus de choses utiles que des évaluations stupides dont les ministres sont les vecteurs ?
    Entre avaler tout sans ciller et jouer aux vierges effarouchées, il y a probablement un équilibre à trouver. Enfin, moi j'dis ça, j'dis rien…

  6. 6 Econoclaste-SM mars 3, 2006 à 1:37

    Au fait, je découvre ce blog et suis très heureux qu'il existe. Bonne continuation.

  7. 7 Yannick mars 3, 2006 à 1:48

    Ce n'est pas faux. Mais la nature de l'"évaluation" du gouvernement est suffisamment grossière pour que tout le monde en perçoive immédiatement le caractère fallacieux. Par contre, il faut beaucoup gratter le vernis matheux de l'étude de Cahuc et Carcillo pour en percevoir les limites. Du coup, je ne suis pas sûr qu'elle contribue à accroître la qualité du débat "grand public".

    Sinon, merci de l'accueil sympa !
    Je viens de voir la note sur votre blog mais j'ai l'impression que les commentaires sont fermés.

  8. 8 Econoclaste-SM mars 3, 2006 à 10:03

    "la nature de l'"évaluation" du gouvernement est suffisamment grossière pour que tout le monde en perçoive immédiatement le caractère fallacieux"

    J'aimerais que ce soit le cas pour une proportion Très significative de la population. Est-ce si certain ?

    En revanche, pour vous rejoindre, je ne pense pas que ce soit un service rendu aux économistes que de s'exposer à une salve d'attaques qui, bien dirigées, alimenteront facilement les idées du type "les économistes nous manipulent". A trop jouer avec le feu…

    Enfin, il y a des jours où je préfère être à ma place qu'à la vôtre… A un an des élections présidentielles, ce genre de situations doit être difficile à concilier avec le recul propre à la science…

    Et pour être moins naïf, disons que dans l'esprit des auteurs, si la qualité du débat public n'est pas la première bénéficiaire de la manoeuvre, la modification des projets du gouvernement en matière de contrat de travail unique vaut peut-être, de leur point de vue, quelques entorses aux pratiques usuelles…

    Concernant les commentaires, nous avons malheureusement du les fermer. D'abord parce que leur contenu allait vraiment en se dégradant. Ensuite parce que ces derniers temps nous recevons dans ces mêmes commentaires des vagues de spams. Donc, l'un dans l'autre…
    Nous incitons les lecteurs à nous écrire par mail ; on relaie ensuite si nécessaire.

  9. 9 Keynes mars 4, 2006 à 8:17

    Cet article est sans intéret pour le grand public parce qu'il ne démontre absolument rien, et que ses chiffres ne signifient rien – comme signalé on pourrait trouver des jeux de parametres pertinents, ou des modellisations aussi crédibles qui donneraient +300.000 ou -300.000.

    Ce qui est étonnant c'est la facon dont la presse reprend ce type de choses, alors qu'un bon etudiant en Deug aurait compris que la clef est dans le gros machin complexe qui est en annexe, et que n'importe qui d'un peu scrupuleux aurait demandé à une connaissance qui sait lire ce genre de chose ce que ca vaut – soit rien en pouvoir prédictif, et un peu (mais pas beaucoup) en pouvoir descriptif.

  10. 10 Econoclaste-SM mars 5, 2006 à 12:44

    Le problème avec votre analyse monsieur K., c'est qu'elle ne démontre rien, n'est pas objective sur la nature de l'exercice des deux auteurs et relèvent simplement de l'idéologie. Elle serait très certainement la même si l'étude était d'une rigueur irréprochable.
    J'imagine que pour évaluer les politiques de l'emploi vous proposez de "remettre-l'homme-au-centre-de-l'économie" ou de "s'en-remettre-aux-incontestables-régularités-de-la-nature-humaine" ?
    Au passage : il n'y a plus d'étudiants de DEUG.

  11. 11 jean mars 25, 2006 à 9:56

    ok cet article ne sera publié dans Econometrica. Ce n'est pas le but.Il a le mérite d'éclairer des décisions de politique publique, rarement évaluée en France comparativement aux pays anglo- saxons notamment. Ces auteurs comblent, comme ils peuvent, une lacune bien française qui est de décider sans évaluer, ce qui conduit en matière de politique de l'emploi à créer, au gré des cycles électoraux, des dispositifs dont on ne connait jamais ou rarement leur efficacité et à rendre le système totalement illisible. Ces universitaires prennent le risque d'effectuer un travail que personne ne fait, ni même les créateurs du CNE et du CPE ! La France a un réel problème de gouvernance et de démocratie !

  12. 12 Keynes mars 8, 2006 à 7:35

    "Si quelquefois les savants ont moins de préjugés que les autres hommes, ils tiennent, en revanche, encore plus fortement à ceux qu'ils ont"
    Rousseau

    Toute analyse est subjective, je ne connais pas de blog subjectif (!), et seuls les dictateurs et les fous se pensent seuls dépositaires de l'objectivité suprème. Vous ne m'avez l'air d'appartenir à aucune de ces catégories.

    Pouvoir m'occuper désormais d'évaluations des politiques sociales je vous confirme que le pouvoir prédictif et evaluatif des maquettes est proche de zéro. Meme si elles peuvent etres utile dans un mode de discussion (entre chercheurs) où on montre qu'un phénomene est possible en exhibant un modele qui reproduit le dit phenomene.

    Les évaluations utilisables d'une facon pratique sont basées notamment sur des panels, ou sur des comparaisons "toutes choses égales par ailleurs". Pas sur des maquettes. La quantité d'équation, leur complexité ou le nom du modele n'ont jamais été des gages de qualité des évaluations.

  13. 13 Christophe Dagues mars 9, 2006 à 12:27

    On peut tenter toutes les estimations possibles sur les effets directs du CPE, et je pense que chacun selon sa sensibilité, saura trouver la bonne équation, ou le modèle prédictif qui permettra de dire que le CPE créera, selon les cas, 50.000 ou 500.000 emplois…

    Il y a cependant deux éléments qui sont assez peu pris en compte et plus difficilement chiffrables que l'effet direct de ces mesures:

    – Avec l'avancement de l'âge de l'apprentissage à 14 ans, nous avons potentiellement toute une génération qui peut passer 10 ans de son existence professionnelle sous ce régime. Et quoi que l'on puisse penser du CPE, il porte assez de précarité pour peser sur le niveau de consommation de toute une génération (accès au crédit, accès au logement, etc…). Qui est capable d'estimer l'impact sur la consommation nationale? Car j'ai tendance à penser que le CPE se généralisera sur toute une génération et touchera "in fine" des individus qui auraient pu accéder plus rapidement à un CDI.

    – L'autre aspect est plus subjectif, mais à mon sens pas sans conséquences. Nombreux spécialistes et professionnels des ressources humaines font état d'une perte de confiance, voir même d'un "désamour", entre l'entreprise et les jeunes actifs. A n'en pas douter le CPE ne peut qu'aggraver cette situation. Quelques semaines après les émeutes qu'ont connu les banlieues françaises il aurait probablement été souhaitable de trouver d'autres mesures pour rapprocher les jeunes et l'entreprise…


  1. 1 Sur l’emploi et le marché du travail » Blog Archive » Controverse autour l’étude Cahuc-Carcillo sur les effets du CNE et du CPE Rétrolien sur avril 10, 2006 à 2:07

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