Quelques réflexions rapides sur le Contrat Première Embauche

Je n'ai malheureusement pas eu le temps nécessaire cette semaine pour rédiger une note approfondie sur le plan pour l'emploi des jeunes présenté lundi dernier par le Premier ministre. A la veille d'un voyage qui va m'éloigner de ce blog jusqu'à mi-février, je vous propose juste quelques réflexions très rapides que je m'efforcerai d'approfondir par la suite.

Je me contente dans cette note d'aborder la question du "Contrat Première Embauche" (CPE) qui constitue indubitablement la mesure la plus marquante du plan.

ans revenir sur le détail de la mesure, il apparaît évident qu'il s'agit peu ou prou d'une extension du CNE aux jeunes de moins de 26 ans. Or j'ai déjà eu l'occasion de dire au moment de la mise en place du CNE que ce nouveau contrat concernerait à mon avis essentiellement des jeunes actifs et les fameux chiffres de Fiducial, bien que sujets à caution, tendent à le confirmer a posteriori.

De manière un peu provocatrice, on pourrait donc dire que la vraie nouveauté du CPE c'est qu'il ouvre la possibilité aux entreprises de plus de 20 salariés de recruter en CNE. Ce pourrait être une affirmation aux deux tiers vraie puisqu'il semble s'agir à peu près de la proportion de jeunes parmi les personnes embauchées en CNE. Ce n'est pas tout à fait aussi simple que cela, la limite d'âge du CPE étant fixée à 25 ans, non à 30. Mais tout de même…

Ce qui est frappant en tout cas, c'est de voir une nouvelle fois à quel point les jeunes sont au coeur des transformations des normes d'emploi, parce que, du fait de leur position d'entrants sur le marché du travail, ils représentent une part essentielle des flux d'embauches et sont une cible "privilégiée" de la politique de l'emploi. Ils sont les principaux "vecteurs" de la diffusion des nouvelles formes d'emploi flexibles. Une idée qui est au fondement des travaux de l'IRES sur l'emploi des jeunes et que j'ai déjà eu maintes fois l'occasion de développer.

Le journal Les Echos a d'ailleurs parfaitement saisi cette dimension (coïncidence ?). Dans son édition de lundi dernier, il publiait en regard du détail des nouvelles mesures pour l'emploi des jeunes, un article citant largement l'étude que Claude Minni et moi avions rédigé pour Economie et Statistique. Avec un titre très explicite : "Les jeunes Français subissent de plein fouet les transformations du marché de l'emploi".

Extrait :

Au-delà des chiffres, c'est l'étude du passage de l'école au marché de l'emploi qui est éclairante. Publiés dans la revue « Economie et Statistique » de juillet dernier (1), une série d'articles analysent ces « parcours de plus en plus complexes ». En France, expliquent ainsi Yannick Fondeur et Claude Minni, « les caractéristiques qualitatives des emplois sont très sensibles à la conjoncture, en particulier l'ampleur du «déclassement» [écart entre l'emploi obtenu et celui qui aurait pu être espéré compte tenu de la formation, NDLR], la nature du contrat et le salaire ».

Par ailleurs, analysent-ils, les jeunes sont « au coeur des transformations structurelles des normes d'emploi », et notamment de la diffusion des contrats temporaires. Parmi les trajectoires des jeunes qui ont achevé leur formation initiale en 1998, « le maintien chez un même employeur avec un contrat temporaire a concerné un jeune sur cinq, observe Alberto Lopez. Cette dernière forme de stabilisation en emploi est, en partie, liée à l'usage des contrats aidés qui sont, par nature, transitoires. Elle renvoie aussi, plus largement, à certains traits de la gestion de la main-d'oeuvre juvénile par les employeurs, qu'ils soient publics ou privés. »

(1) « Economie et Statistique » n° 378-379, juillet 2005.

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5 Responses to “Quelques réflexions rapides sur le Contrat Première Embauche”


  1. 1 Oliviegntchik janvier 20, 2006 à 8:46

    pour ma part, je n'ai qu'une seule chose à reprocher à 2villepin et à sa politique : celle de ne pas oser dire ce qu'elle pense.

    Ce gouvernement croit que la "lourdeur" du code du travail est la principale cause du chômage français. Il a dès lors adopté le choix d'une politique de dérèglementation sociale, sans toutefois assumer pleinenent ses choix.

    Et il opère astucieusement, tranquillement, étape après étape.

    le cne, le cpe sont les premiers pas.
    Très bientot, ce sera le CDI qui subira une refonte. Ce n'est pas pour rien que JL Borloo parlait deja du projet de rendre plus "souple" le CDI.

    le cdi est aujourd'hui squizzé par le bas (cne, cpe) et par le haut (cdd vieux). quelques modifications feront voler en éclat un droit social par petites touches sans même qu'on s'en aperçoive, enfin pas trop …
    la fameuse histoire de la grenouille dans la casserole qui se met à bouillir .

    on lisait ainsi dans le Figaro de ce jour un très intéressant article sur le contrat "libre" embauche
    http://www.lefigaro.fr/debats/20060119.FIG0131.html?072043

    petit extrait qui explique la bête :
    En allant plus loin, on serait conduit à un contrat libre embauche. Dans un tel contrat, nulle contrainte légale ni de durée ni de niveau de salaire.

    difficile de faire mieux ou pire.

    On voudrait quand même pouvoir évaluer tout cela : et on sera vite déçu aussi.

    je ferai simple : je ne crois pas en ce prechi-precha de la "libéralisation" des énergies. Un pays sans croissance est un pays qui n'embauche pas. On peut faire baisser le taux de chômage par toutes les mesures sociales ou bénéficier des histoires d'age, les effets d'aubaine pourront jouer un certain temps. Les medias complaisants serviront la soupe le temps qu'il faut pour gagner une élection.

    La création d'un avenir meilleur ne me semble pourtant pas passer par le cne, le cpe ou le libre contrat. Mais ça, c'est assurement plus complexe a mettre en place …

  2. 2 Yannick janvier 20, 2006 à 9:07

    Sur cet aspect, l'interview accordée mardi dernier aux Echos par Francis Kramarz (l'auteur avec Pierre Cahuc du rapport préconisant entre autres le contrat de travail unique) est intéressante :
    http://www.lesechos.fr/info/rew_france/4370461.htm

    Notamment ce passage :
    "est-ce la méthode des petits pas ou celle du grand soir qui est la meilleure pour aller vers une réforme globale ?"

  3. 3 jules leignel février 4, 2006 à 3:48

    La précarité…
    Connaissez vous dans la vie sur terre quelque chose qui ne soit pas précaire ?
    La nature n’est-elle pas précaire ? la santé ? l’amour ? les relations entre les hommes ? tout est précaire et mérite que notre intelligence et notre faculté d’adaptation joue à plein toute notre vie.
    Selon quelle loi divine pourrait-on décréter que le travail lui ne serait pas précaire ?
    C’est un fantasme de rêveur ou de pseudo intellectuels qui est très dangereux.
    C’est comme ça que l’on se trompe de bataille. On passe toute son énergie à imaginer des solutions pour ne pas perdre un travail alors qu’il faudrait passer cette énergie à construire un monde où il est plus simple d’en trouver un autre.

    Faisons preuve de bon sens, prenons un patron qui à un besoin et qui vous embauche (quelque soit le type de contrat) pourquoi vous mettrait-il dehors si vous faite l’affaire ?
    Si vous ne faite pas l’affaire, ou si l’entreprise va mal, croyez-vous franchement que vous pourrez vous protéger longtemps derrière un CDI ?

    Toute mesure qui permet de faciliter l’embauche va dans le bon sens.
    Toute mesure qui fait en sorte qu’il soit difficile d’interrompre un contrat de travail paralyse encore un peu plus la France.

    Et si nous redevenions un animal intelligent ?

  4. 4 bruel mars 30, 2006 à 10:33

    Cela s'appelle penser comme du carton ou encore de la tautologie c'est à dire présupposer ce que l'on met en question.C'est grave, ça se fait beaucoup en ce moment où on n'a pas vraiment envie de réfléchir alors on balance des affirmations plus grosses les unes que les autres sans les avoir approfondies le moins du monde.

    1-la nature n'est précaire par essence, la santé non plus, l'amour non plus. rien ne justifie ces affirmations a priori et les exemples de longues stabilités sont nombreux dans toutes ces catégories. Pourquoi ne pas accepter alors de ne pas avoir de maison, le climat est instable assumons le! Toute l'histoire de la civilisation repose sur une réduction massive des aléas naturels pour augmenter la stabilités des ressources, des abris, etc..

    2-Les derniers dont je me souvienne qui en appellaient à la nature pour édicter des lois sont les nazis "la nature ne s'attache pas tant à la conservation de l'individu qu'à la conservation de l'espèce, il s'agit donc de se débarrasser des éléments les plus faibles néfastes à la communauté nationale" Mein Kampf, Hitler au sujet des handicapés. La pluparts des discours actuels gestionnaires sont emprunts de cette trace laissée par le nazisme où l'on sacrifie les hommes sur l'autel des statistiques ou autres indices globaux, plus de trace d'humanisme quelconque.

    3-"devenir un animal intelligent?" Et si on devenait des hommes plutôt parceque des animaux, ça on sait faire et la question de l'humanité ne se limite pas à l'intelligence d'autant plus que celle qui primerait dans ce projet là serait plutôt du coté "malin" On retrouverait là le projet bestial de survie en milieu hostile. Alors si c'est le cas, acceptons le franchement: peau de bêtes, massues et on y va franco

    L'humanité et la civilistation sont à l'opposé du concept de nature. Pourquoi l'a t-on oublier?

  5. 5 Cedehel avril 14, 2006 à 9:58

    Je rejoins l’un des commentaires ci-dessus. La précarité aujourd’hui est le lot quotidien de bon nombre de salariés. Je ne vois pas en quoi le CPE était un problème… Pour ma part j’aurai aimé pouvoir signer un tel contrat car mon peu d’expérience m’empêche d’avoir accès à un emploi. Comment des étudiants qui ne connaissent rien du monde du travail peuvent ils dicter leur façon de penser et les imposer ainsi ? ce sont maintenant les jeunes chômeurs qui en pâtissent…


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